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L'accouchement à domicile (AAD)

Il y a à peine six mois de cela, si vous m'aviez parlé d'un accouchement à domicile (AAD), je vous aurais regardé avec des yeux écarquillés, vous aurais répondu que c'était 'n'importe quoi', 'complètement inconscient', et j'aurais peut-être même ajouté 'pourquoi faire ça' ? De la même façon, je ne comprenais pas l'intérêt de se priver d'une péridurale et de s'infliger de la souffrance alors même qu'on pouvait facilement l'éviter. Et bien figurez-vous que j'ai radicalement changé d'avis depuis...


Avant toute chose, je souhaite préciser que l'AAD n'est PAS pour toutes les femmes. Pour que cela soit possible, il faut avant toute chose que la grossesse soit non pathologique - et ce, jusqu'au jour de l'accouchement - et que tous les feux soient au vert. Autre point important, il faut que la future maman se trouve dans un environnement socio-économique favorable à un AAD c'est-à-dire propice à un accouchement physiologique (en termes de santé, de sécurité, de soutien etc.). Une maternité devrait aussi se trouver à proximité immédiate en cas de complications et d'un besoin urgent d'intervention.


L'accouchement : acte chirurgical vs processus physiologique Aujourd'hui, l'accouchement est plus perçu comme un acte chirurgical qu'un processus physiologique naturel. Au cours des dernières décennies, la surmédicalisation des naissances à amener les femmes à perdre toute confiance en elles, en leur corps, en leurs capacités à mettre au monde un bébé, seules et en toute sécurité. Soyons honnête, la pensée dominante actuelle n'est autre qu'une femme ne saurait accoucher seule, sans l'intervention de tiers 'compétents' en la matière, sans quoi elle risquerait d'y laisser sa peau. Or, on devrait peut-être se rappeler que si nous sommes aujourd'hui sur cette Terre pour en témoigner, c'est bien parce que les femmes ont toujours su donner naissance seules, et ce, depuis le début de l'Humanité. Notre corps est conçu pour. Toutes nos cellules savent exactement ce qu'elles ont à faire pour faire naître un bébé.


Alors, vous allez peut-être me dire qu'à l'époque beaucoup de femmes et de bébés mourraient en couche et qu'aujourd'hui la médecine permet de limiter grandement les risques de décès. La réponse est oui, dans certains cas. C'est pourquoi je ne pense absolument pas qu'il faille intégralement se passer de la médecine. Heureusement que la science, les médecins, les techniques existent. Je pense seulement qu'il faudrait inverser la tendance et considérer l'accouchement pour ce qu'il est réellement, c'est-à-dire un processus physiologique naturel, et non une maladie pouvant entraîner la mort. Car dans la très grande majorité des cas, l'accouchement ne présente aucune complication grave et les risques de décès pour la maman et le bébé sont infimes (voir le rapport de l'APAAD). Les accouchements surmédicalisés, très souvent orchestrés par des hommes, ne seraient-ils pas une manière supplémentaire de faire taire les femmes, d'amoindrir leur pouvoir, leur puissance, leur liberté de femmes ? Question ouverte au débat.

A présent, vous pensez peut-être qu'un accouchement physiologique est tout à fait possible en maternité alors pourquoi aller jusqu'à l'extrême de l'AAD, n'est-ce pas ? Revenons sur le processus de l'accouchement en lui-même. L'accouchement est régi par notre cerveau primitif appelé aussi cerveau reptilien. Il représente la plus petite partie de notre cerveau et sa première fonction est d'assurer l'homéostasie (régulation de la respiration, du rythme cardiaque, de la tension artérielle, de la température, des échanges hydriques, gazeux, ioniques etc.). Notre cerveau est aussi composé du cerveau limbique (centre des émotions et de la mémoire à long terme) et du néocortex. C'est la partie la plus volumineuse. Le néocortex est le cerveau 'qui pense' (centre du raisonnement, de la compréhension, de la logique, de la conscience etc.). Au moment de l'accouchement, notre cerveau primitif va sécréter les hormones nécessaires à la mise en route des contractions, à la dilatation du col etc. Pour qu'il puisse faire correctement son travail, le néocortex doit absolument être mis au repos, sans quoi il prendra le dessus sur notre cerveau primitif qui ne pourra alors plus assurer sa fonction, ou du moins pas efficacement. Pour mettre le néocortex au repos, il faut que certaines conditions soient respectées : intimité, chaleur, pénombre, silence. Or, au sein d'une structure médicalisée, ces conditions sont rarement réunies : examinations et interventions répétées par des tiers auprès de la mère, éclairage au néon (lumière bleue qui diminue la sécrétion de mélatonine, une des hormones clés de l'accouchement), température de la pièce non-adaptée etc. Ce sont autant d'éléments qui viennent perturber le fonctionnement du cerveau primitif, diminuent la sécrétion des hormones de l'accouchement et entrainent a fortiori un ralentissement du travail (contractions non-efficaces, faible dilatation du col etc). L'accouchement est alors plus long, pénible et ne rentre plus dans les 'clous' et délais des protocoles en maternité. Résultats ? Les risques d'interventions augmentent considérablement (injection d'ocytocine de synthèse + pause de la péridurale => difficultés à pousser => utilisation des forceps/ventouse au moment de l'expulsion ou césarienne d'urgence etc). En théorie, un accouchement physiologique en maternité est donc possible mais en pratique cela est souvent plus compliqué qu'il n'y paraît.


Une autre question se pose, celle de l'environnement microbien. Lors de sa naissance, le bébé va être colonisé non seulement par les bactéries de sa mère lors de son passage dans le canal de la naissance mais aussi par les bactéries qui se trouvent dans son environnement immédiat. La colonisation du bébé par ces bactéries est primordiale pour le développement de son propre microbiome et donc de son système immunitaire (ce dernier étant déterminant pour la santé à long terme du bébé). Lorsqu'un bébé naît dans un environnement microbien familier, c'est-à-dire à l'endroit même où a vécu sa mère tout au long des neuf mois de grossesse, il se trouve donc en contact avec des bactéries 'amies' et dans un environnement favorable au développement de son microbiome. Si le bébé naît à l'extérieur (que ce soit en maternité, en maison de naissance ou tout autre endroit non familier) il se trouve alors exposé à des bactéries potentiellement pathogènes qui vont le coloniser et occuper une grande partie de son organisme. Par ailleurs, ces bactéries peuvent être porteuses de gènes de résistance aux antibiotiques susceptibles de prédisposer les bébés à des infections opportunistes résistantes. J'ajouterai également qu'un bébé né par césarienne (elles représentent environ 20% des naissances en France, tous types de césarienne confondus : de convenance, non-urgente ou urgente) ne peut être colonisé par les bactéries de sa mère puisqu'il ne passe pas par le vagin. Il va donc être colonisé par les bactéries de l'environnement hospitalier. Les accouchements en maternité présentent une augmentation du risque de césarienne et une augmentation du risque de privation microbienne pour le bébé, ce qui n'est absolument pas anodin pour sa santé et bien-être à long terme.

C'est un sujet extrêmement intéressant et passionnant qui mène vers énormément de questions et problématiques adjacentes. Vous l'aurez sûrement compris, l'AAD n'est donc pas une simple question de préférence mais c'est un sujet qui touche à la santé des femmes, de leur bébé et du futur de l'Humanité. Et c'est aussi de la liberté de choix, d'expression, de décisions des femmes dont il est question...



J'aimerais beaucoup débattre de ce sujet avec vous. N'hésitez pas à me donner votre point de vue ! Rendez-vous sur Insta @family_doula.


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